14. mars 2026
7 min de lecture

Pourquoi les Romains nous fascinent toujours, et ce que cela dit de nous

De TikTok au Colisée de Ridley Scott, le monde entier regarde encore vers Rome. Réflexions sur ce que notre obsession pour l'Empire romain révèle de notre propre époque.

C’est une vidéo TikTok qui m’a fait rire, puis réfléchir.

Une femme se tourne vers son compagnon et lui demande, l’air de rien : « Au fait, à quelle fréquence penses-tu à l’Empire romain ? » L’homme ne met pas une seconde à répondre : « Tous les jours. Au moins. » Elle le fixe. Lui explique, le plus sérieusement du monde, pourquoi les égouts romains sont une merveille d’ingénierie.

Ce qui n’était, en 2023, qu’une plaisanterie sur TikTok est devenu en quelques semaines un phénomène mondial. Des millions de personnes ont posé la question à leurs compagnons, à leurs pères, à leurs frères. Et la réponse fut d’une uniformité déconcertante : les hommes pensent étonnamment souvent à l’Empire romain. Chaque jour. Parfois plusieurs fois par jour.

Moi ? J’écris des livres sur le sujet. Je suppose que je ne compte pas.

Nous ne pouvons plus nous en passer

Regardez ce que l’industrie du divertissement nous a servi ces dernières années. Gladiator II de Ridley Scott a rapporté plus de 460 millions de dollars en 2024, malgré un budget supérieur à 300 millions et des critiques mitigées. Those About to Die, avec Anthony Hopkins, a tenu en haleine les spectateurs d’Amazon Prime dans la Rome de l’an 79. Et Netflix ? Sort en 2025 une nouvelle série Astérix. Encore. Parce qu’ils savent que cela marche.

Du livre pour enfants à la série prestige, du jeu vidéo au roman historique, l’Empire romain est partout. Et il ne s’en va pas. Depuis plus de 2000 ans, il ne s’en va pas.

Pourquoi donc ?

L’explication facile, et la vraie

L’explication facile tient en un mot : le spectacle. Gladiateurs, batailles, intrigues, orgies. L’Empire romain fut bruyant, sanglant, mégalomane. Il est évidemment taillé pour le divertissement.

Mais cela ne suffit pas. Les Vikings étaient bruyants et sanglants, eux aussi. Le Moyen Âge offre dragons et châteaux forts. L’Empire ottoman s’étendait sur trois continents. Et pourtant, nous revenons toujours aux Romains, comme si quelque chose, là, restait à comprendre.

L’historienne Mary Beard le formulait ainsi : la Rome antique est « une sorte d’espace sûr pour certaines de nos fantaisies ». Un miroir dans lequel nous pouvons nous observer sans être mis en cause directement. Nous projetons sur les Romains ce qui nous préoccupe dans notre propre présent : le pouvoir et ses abus, la virilité et ses limites, l’ordre qui dérape, les empires qui s’effondrent.

Cela vous parle ?

Ce que dit la science

Il existe une étude que je n’ai pas pu oublier depuis que je l’ai lue. Des chercheurs ont montré que les Allemands vivant aujourd’hui dans les régions jadis occupées par Rome, au sud et à l’ouest du limes, sont en moyenne plus satisfaits et plus sociables que ceux du nord. Le limes, ce rempart du deuxième siècle, trace encore une ligne invisible dans la psychologie des Allemands.

Deux mille ans. Un mur de pierre et de bois, disparu depuis longtemps. Et pourtant, toujours perceptible.

Ce n’est pas de la magie. C’est la puissance de l’Histoire. Les institutions que les Romains ont bâties (les routes, les systèmes juridiques, les villes, les structures administratives) ont façonné la vie commune sur plusieurs générations. Cette empreinte va profond.

Ce que notre fascination révèle

Je crois que les Romains nous captivent à ce point pour une raison toute simple : ils ont tenté le plus grand des projets, et ils ont échoué malgré tout.

L’Empire romain n’était pas une construction abstraite de manuel scolaire. C’était une tentative d’unifier le monde connu sous un même toit, avec des lois communes, une langue commune, une culture commune. Une tentative qui fonctionna pendant des siècles, et qui, un jour, cessa de fonctionner.

Quand nous pensons à l’Empire romain, nous pensons en réalité à la vanité du pouvoir, à la fragilité des choses. Même ce qu’il y a de plus grand, de plus stable, de plus indestructible finit par s’écrouler. Le Colisée tient encore debout. L’empire, lui, n’est plus là.

Cela nous console d’une certaine façon. Et nous effraie en même temps.

Pourquoi j’écris des romans romains

Quand j’ai commencé à travailler sur la saga de l’Aigle, des amis m’ont demandé : « Les Romains ? C’est pas un peu… démodé ? »

Ma réponse : non. Jamais.

Démodé, c’est un sujet qui ne remue plus personne. L’Empire romain, lui, nous remue encore. Parce que les hommes et les femmes qui y vivaient, y combattaient, y aimaient et y mouraient, étaient d’une modernité troublante. Un légionnaire aux confins de la Bretagne, à des milliers de kilomètres de chez lui, se pose les mêmes questions qu’un soldat d’aujourd’hui : pourquoi suis-je ici ? Vais-je revenir ? Que restera-t-il de moi ?

Voilà ce qui me tient. Pas le spectacle. Pas les batailles en elles-mêmes. Les hommes dedans.

Et c’est peut-être la réponse la plus honnête à la question de savoir pourquoi nous pensons tous, chaque jour, parfois plusieurs fois par jour, à l’Empire romain. Parce que nous y cherchons nous-mêmes.

Et parce que nous y trouvons toujours quelque chose.

Questions fréquentes sur la fascination pour l’Empire romain

Pourquoi tant de gens pensent-ils chaque jour à l’Empire romain ?

L’Empire romain marie le spectacle à une véritable profondeur historique. Les Romains étaient d’une modernité frappante (bureaucratie, carriérisme, corruption) tout en restant fondamentalement différents. Ce miroir tendu au présent en fait un objet de fascination durable. Nous cherchons chez eux des réponses à nos propres questions.

Pourquoi cet intérêt s’est-il accru ces dernières années ?

Les nouveaux médias, des tendances TikTok aux séries de prestige comme Those About to Die, en passant par des films comme Gladiator II, ont rendu Rome accessible à de nouvelles générations. L’Antiquité fournit aussi un cadre sûr pour discuter des sujets contemporains : pouvoir, impérialisme, décadence sociale.

Comment Rome a-t-elle façonné l’Europe d’aujourd’hui ?

Profondément. Les systèmes juridiques, l’urbanisme, le réseau routier, les langues (le latin comme racine des langues romanes), les structures ecclésiastiques : tout remonte directement à Rome. Des études montrent même que les habitants des zones jadis romaines présentent encore aujourd’hui des comportements sociaux mesurablement différents de ceux situés au nord du limes.

Quels romans romains Marc Beuster recommande-t-il pour débuter ?

La série Eagle de Simon Scarrow est la porte d’entrée idéale : authentique, haletante, accessible. Pour plonger directement dans la Bretagne romaine des premiers temps, la saga de l’Aigle, Fils de Rome offre un univers voisin : légionnaires, camaraderie, choc des deux cultures. Les deux séries commencent par un premier tome dont on ne ressort plus.

Une note personnelle de Marc Beuster

En tant qu’auteur de romans historiques, c’est précisément cette époque qui me fascine : la puissance, la cruauté et l’étonnante modernité de l’Empire romain. Dans ma saga de l’Aigle, je vous emmène au cœur de ce monde : des légionnaires qui luttent pour leur vie aux confins de l’empire, des intrigues politiques à Rome et la rudesse sauvage de la Bretagne. Si cet article a éveillé votre curiosité, jetez un œil à mes romans. Vous découvrirez l’Histoire d’une toute autre manière.

Vers les romans de la saga de l’Aigle

Marc Beuster
Marc Beuster

Marc Beuster, né en 1981 dans le nord de l'Allemagne, écrit des romans d'aventure historique sur le monde des Romains. Sa Saga de l'Aigle plonge les lecteurs dans l'univers des légionnaires romains – captivant, authentique, atmosphérique.

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